Une invasion des émotions négatives qui paralysent l’action citoyenne - 16/09/2022




Avez-vous la sensation de vivre dans un présent anxiogène ? De penser à un futur incertain qui vous fait peur ? 46 % des jeunes entre 16 et 25 ans affirment que l’éco-anxiété affecte leur vie quotidienne - et ce avant l’été 2022, qui a certainement accru la tendance ! D’où la nécessité d'arrêter avec les seuls récits fatalistes et catastrophistes.



Nous sommes nombreux.ses à ne savoir ni quoi, ni comment faire, à nous sentir dépassés et emplis de sentiments de tristesse, colère, détresse et peur : que se passera-t-il si l’on n’agit pas à temps ? Des nouvelles, des films et des documentaires catastrophistes nous font nous sentir coupables et anxieux. Comment solutionner autant de problèmes dans un temps limité pour éviter la catastrophe ? Ce sont surtout les jeunes qui vivent ces sentiments et questionnements dans leur quotidien. Quel est donc l’ampleur de ce phénomène, et quelles pistes pour vivre avec ?



I want you to feel the fear that I feel every day” [1] - Greta Thunberg



Nous sommes orientés du mauvais côté. Les discours se centrent surtout vers le négatif, alors qu'une prise de conscience par de mauvaises nouvelles ou par culpabilité ne conduit pas forcément à l’action [2].


L’inaction est récurrente, mais elle ne veut pas toujours dire ne pas donner d’importance à une situation. Il n’y a pas seulement des personnes qui s’en foutent ou des climatosceptiques, il y a également beaucoup de gens qui ne savent pas quoi faire, ou qui se sentent impuissants. La situation nous dépasse, et le sentiment de détresse peut mener à l’inaction. Quant à l’action, il existe un décalage temporel entre les causes et les effets [3] : le fait que nous ne voyons pas de résultats ou de changements, ainsi que le sentiment de ne pas faire suffisamment, peut aussi mener à des sentiments négatifs. De surcroît, les actions insuffisantes des gouvernements intensifient ces sentiments : quel est l’intérêt d’agir si les gouvernements ne font pas assez ?


Selon une étude de The Lancet [4] plus de 50 % des jeunes entre 16 et 25 ans, de différentes nationalités et cultures, se sentent tristes, peureux.ses, anxieux.ses, fâché.es, impuissant.es, sans espoir, et coupables concernant le changement climatique et les réponses des gouvernements. 59 % de ces jeunes sont très ou extrêmement préoccupés, 75 % des jeunes jugent le futur comme “effrayant”, et plus de 45 % déclarent que ces sentiments affectent négativement leur quotidien.



Connaître ces chiffres nous permet de comprendre que nous ne sommes pas seul.es. Nous sommes beaucoup à vivre un présent anxiogène et à s’intéresser à la crise environnementale. Trouver les bonnes personnes pour partager est bon pour notre santé mentale : c’est mon cas en tant qu’étudiante en master en transition écologique. Ça fait du bien de partager nos angoisses et sentiments entre camarades, et de participer à des activités avec des personnes qui ont les mêmes convictions.


N’importe quelle personne, jeune ou âgée, sensibilisée ou non, agissant ou non, peut ressentir de l’éco-anxiété parce que nous vivons tous les conséquences du dérèglement climatique et de l’inaction politique, à des échelles différentes. Nous vous invitons donc à vous ressourcer et à en parler à vos proches. N'hésitez surtout pas à vous isoler temporairement des mauvaises nouvelles, déconnecter des réseaux sociaux, ou aller consulter un spécialiste, si vous en sentez la nécessité.


“Prendre soin de soi pour prendre soin de l’autre - et du vivant”


Lançons nous un challenge et commençons par appliquer une règle simple : mettons fin à la seule utilisation de ces récits catastrophiques et fatalistes, renouons avec nos racines écologiques [5] et accrochons-nous aux récits écologiques constructifs qui proposent des avenirs désirables.



Josefa Undurraga Hernández



 

[1] Greta Thunberg - “Our House Is On Fire”, World Economic Forum Annual Meeting, 2019

[2] Estelle Zhong - nº84 “Que peut l’art face à la crise écologique”, Sciences Po

[3] Albert Moukheiber - “Climat, mon cerveau fait l’autruche”, Arte

[4] C. Hickman, E. Marks, P. Pihkala, S. Clayton, R. E. Lewandowski, E. E .Mayall, B. Wray, C. Mellor, L. Van Susteren - “Young people’s voices on climate anxiety, government betrayal and moral injury : a global phenomenon”, The Lancet

[5] Patrick Scheyder, Pierre Gilbert, Nicolas Escach, Manifeste pour une Écologie Culturelle


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