Pourquoi une écologie culturelle ?



C’est le paradoxe du siècle. Des années de débats, mais pas de grands changements structurels de l’économie pour s’adapter et atténuer les effets du changement climatique, préserver la biodiversité, sortir du carbone… Pas de changements majeurs des mentalités non plus : les opinions publiques résistent, ou se fracturent autour de la question de l’urgence écologique. L’écologie -qui devrait nous rassembler- devient un sujet clivant, pourquoi ?

Un des problèmes essentiels est le fait que l’écologie parle exclusivement sciences et politique. Or, ces deux blocs sont souvent perçus comme fermés sur eux-mêmes, excluant ceux qu’on nomme « les gens ». La Science se résumerait pour beaucoup à la technique, à une expertise clinique vécue par les opinions publiques comme « venue d’en haut ». De son côté, l’action publique se vide de son sens, sauf exception bien sur. Séparée du savoir, elle évolue dans un monde clos alors qu'elle devrait justement réunir les mondes.


Or, c’est la société civile qui porte la culture, qui sculpte notre identité collective. Et c’est cette culture qui donne un sens à notre Histoire. Mettons alors en évidence ce qui dans la culture commune, peut nous éclairer aujourd’hui. Faire advenir une écologie inscrite naturellement dans notre passé, qui nourrit positivement notre présent, et inspire notre futur.


L’Écologie culturelle vise ainsi à dépasser la peur du changement, une tendance naturelle de l’être humain qui explique en partie la non-adhésion aux programmes de rupture écologique vitaux. L’analyse culturelle de l’écologie change la donne : elle repositionne ces enjeux dans une continuité, et non dans une cassure. L’écologie n’est pas nouvelle, au contraire elle est ancrée dans l’ADN notre culture. Dès lors, avoir peur de l'écologie est avoir peur d'une partie de nous-même.


L’écologie politique peine à convaincre car elle délaisse souvent ce que l’écologie porte d’intime, de psychologique et d’émotionnel, au profit de grandes propositions techniques. Notre approche vise à prendre en compte la dimension sensible et empathique de l’humain, indispensable à la compréhension de la nature et à l’édification de la société. La société humaine est en interaction constante avec la nature, et cette société s’accorde sur une culture commune. Cette culture, ce sont des idéaux, un projet et un récit partagés qui fondent la société et la soutiennent.

Ainsi la « culture » ne se situe ni en dessous, ni au-dessus des gens. Elle n’est pas non plus réservée à l’Art, qui se verrait attribuer une connotation élitiste d’« exclusivité culturelle ». La culture est partout, mais en séparant la culture de la vie quotidienne et de la vie politique, la modernité en a fait quelque chose d’annexe, inutile car peu rentable économiquement et politiquement.


Il faut donc redonner tout leur sens à ces deux notions : l’écologie est culture, et la culture est la mise en forme sensible, le récit de notre vie sociale. Voilà l’objectif principal d’une écologie culturelle !