Le biais d'action



Le biais qui encourage la frénésie au détriment de sa santé, et de celle de la planète.


Le biais d’action désigne la croyance, plutôt logique en apparence, selon laquelle il est toujours préférable d’agir que de ne pas agir face à un problème. C’est ce qui pousse un gardien de football à plonger systématiquement lors d’un penalty, alors que ne pas plonger augmente pourtant statistiquement ses chances d’arrêter le ballon.

C’est aussi ce biais qui pousse les politiques à agir pour agir, souvent par des décisions irrationnelles, de peur qu’on leur reproche de ne pas agir, ou encore à un médecin de vous prescrire des médicaments dont vous n’avez pas réellement besoin.


Le libéralisme s’est en effet beaucoup appuyé sur ce biais pour façonner une culture de l’hyperactivité, ce qui entraîne des conséquences pernicieuses sur le plan écologique. L’action est toujours plus intéressante que l’inaction pour le PIB.


Il faut toujours être « actif », quitte à faire des dégâts sur sa santé ou l’environnement, sans quoi on nous a appris à culpabiliser. Or, le cerveau n’est jamais inactif, et c’est le repos apparent qui permet à l’information d’être triée dans la mémoire, et ainsi mise en relation avec d’autres informations : cela s’appelle la créativité.

Les systèmes inégalitaires ont toujours eu besoin de noyer les classes laborieuses sous l’effort. C’est pourquoi le biais d’action est fortement ancré en nous.


Dans le monde agricole par exemple, cette inertie culturelle favorise une surexploitation des sols ainsi que l’utilisation de nombreux intrants. Il a été démontré que l’agroécologie est au moins tout aussi productive en matière de biomasse à l’hectare que l’agriculture industrielle. Or, laisser un couvert végétal et la biodiversité réguler les parasites – investir moins d’activité humaine par hectare et laisser la nature faire – est refusé par la grande majorité des agriculteurs pour des motifs culturels avant tout.


Pourtant, rien de mieux pour le climat et la biodiversité que l’inaction ! On a ainsi montré que les sols et les forêts retrouvent rapidement des capacités à stoker du CO2 lorsqu’on arrête d’agir, et que les espèces menacées se reconstituent de fait assez bien lorsque nous les laissons tranquilles.


Évidemment, l’inaction sur un milieu naturel – sa protection – appelle à une action politique forte !


La transition écologique nécessite de transformer du temps d’activité économique inutile et destructeur en temps de développement non-matériel – véritable source de bonheur par ailleurs.

Si de plus en plus de gens aspirent à la diminution du temps de travail, expliquer patiemment les effets pervers du biais d’action aux autres peut aider à la remise en question, et à la réflexion plus globale sur la notion de sens dans notre économie. Le biais d’action favorise de fait l’acceptation des bullshit jobs, ou plus précisément des bullshit tâches.


Cette question rhétorique peut changer votre vie, a fortiori au travail :

Quel est l’impact de mon action sur le réel par rapport à l’énergie que je vais y consacrer ?



Pierre Gilbert