Billet d’humeur : Yannick Jadot, à la recherche du temps perdu ? - 04/05/2022


Pour apprendre de ses erreurs, il est préférable de ne pas les nier. Sur France-Inter le 26 avril, Yannick Jadot s’exprimait pour la première fois sur les raisons de la débâcle d’EELV aux élections présidentielles. Plutôt que d’aborder les raisons profondes de son échec, l’ex candidat pointe des explications de circonstance. Une interview qui a donc le mérite de mettre en lumière l’impasse intellectuelle dans laquelle se sont mis une partie des verts.


Le camp de l’écologie politique exclusive a cessé de jouer un rôle historique pertinent. Il est de plus en plus loin ce temps où les écologistes ont lancé l’alerte dans le champ politique, pour le bien de tous. Un rôle historique précieux qui a permis de mettre l’environnement à l’agenda politique, et de pousser le reste de la gauche à y réfléchir. Depuis 10 ans cependant, la matrice idéologique s’est réformée en profondeur dans ce camp-là, et notamment autour de l’écologie. Mission accomplie donc, plus besoin d’avoir un lobby extérieur. Par effet de vases communicants, le reste de l’échiquier politique a dû parler d’écologie, au moins pour faire semblant.


A défaut de se renouveler, l’écologie politique française a fait de la notion « d’écologie », son unique marque de différenciation et combat. Or, l’écologie à l’origine se devait d’être transversale, sociétale et non un thème à part, ou un bonus dans les programmes.


Lorsqu’on analyse la sémantique utilisée par EELV et Yannick Jadot pendant la campagne, on observe qu’ils ont passé leur temps à parler exclusivement “ au nom” de l’écologie : “l’écologie veut ceci, l’écologie a son candidat » etc. Outre que l’écologie est et doit rester l’affaire de toutes et de tous, et non celle d’un parti. La segmentation de la politique par monochrome thématique va à l’encontre du mode de réflexion du cerveau humain. En effet, celui-ci a une capacité de polarisation limitée. Même si votre programme se prononce sur d’autres sujets, le téléspectateur ou auditeur lambda ne retient qu’ une ou deux idées phares, et surtout une ou deux impressions (réponse émotionnelle).


Par conséquent, en répétant à l’envie que vous êtes le candidat de l’écologie, vous réduisez les chances d’exister politiquement sur les autres sujets. Force est de constater que cette spécialisation autour de la notion d’écologie, n’a pas convaincu.


De manière générale, le monopole idéologique ne permet jamais le dépassement ou le rassemblement. La propriété du label « écologie » serait-elle désormais la seule garantie de survie de l’appareil d’EELV ? Ces intérêts particuliers et de court-terme convergeraient alors avec ce qui empêche les verts de se réinventer à moyen et long terme. EELV programmerait alors et avec application sa propre fin.


La notion d’écologie culturelle prend le contre-pied de cette tentation de captation de l’écologie par un parti ou une idéologie, et offre un cap alternatif. Nous pensons que l’écologie est partie intégrante de notre culture, qu’elle appartient à notre ADN commun comme peut l’être l’héritage républicain par exemple. Le courant écologiste est né avec celui des révolutionnaires de 1789 et le rapport au vivant traverse l’histoire des hommes et des idées.


Isoler l’écologie comme un concept politique ou scientifique revient à nier le rapport sensible qui la relie à nous, à notre société. Ce ne peut être un membre qu’on peut couper du reste. Maintenir l’illusion d’une écologie politique autonome reviendrait ainsi à lui ôter sa dimension universelle, à rebours du fondement de notre histoire, donc.



Par Pierre Gilbert et Patrick Scheyder